Qu’est-ce que l’Autisme ?
Pathologies Génétiques Associées à l'Autisme

L’autisme et les autres troubles envahissants du développement (TED) trouvent généralement leur origine dans des facteurs génétiques. Dans certains cas, l’autisme est le résultat d’une pathologie génétique identifiable. Néanmoins, dans la plupart des cas, il n’est pas possible de déterminer la cause exacte du trouble. C’est ce que l’on appelle l’autisme idiopathique, c’est-à-dire l’autisme d’origine inconnue. Il semble maintenant évident que l’autisme idiopathique est dû à des variations ou mutations dans certains gènes que les chercheurs n’ont pas encore réussi à identifier.

Dans 10 à 15 % des personnes touchées par l’autisme, il est possible d'identifier une pathologie génétique spécifique (Gillberg et coll., 1996 ; Rutter et coll., 1994). Reconnaître une pathologie génétique est essentiel car cela peut modifier le traitement. Le diagnostic d'une pathologie génétique permet également au personnel soignant d’estimer les risques de transmission du trouble à d’autres membres de la famille et donc d’évaluer la nécessité de tests génétiques sur ces autres membres.

  • Les anomalies chromosomiques — On a rapporté de nombreux cas d’autisme associés à des anomalies chromosomiques. Celles-ci affectent majoritairement le chromosome 15 (plus précisément 15q11-q13, la région chromosomique impliquée dans les syndromes de Prader-Willi/Angelman). Des études portant sur des individus atteints d’autisme idiopathique montrent que la fréquence des anomalies chromosomiques est inférieure à 5 % (Folstein et coll., 2001). Les anomalies chromosomiques peuvent être héréditaires mais peuvent aussi survenir chez l’enfant sans qu’il y ait d’antécédents familiaux. Une prise de sang suivie d’une analyse chromosomique (caryotype) est suffisante pour mettre en évidence une anomalie. Lorsqu’une anomalie chromosomique est décelée, il est recommandé de tester les autres membres de la famille. En effet, il est possible que des membres de la famille soient porteurs d'une anomalie chromosomique sans le savoir parce qu'ils portent un réarrangement équilibré ne produisant aucun symptôme.
    • Le chromosome 15 isodicentrique — Le chromosome 15 isodicentrique (idic(15)) est l’anomalie chromosomique la plus fréquente chez les individus atteints d’autisme. À ce jour, plus de 20 cas ont été rapportés dans la littérature. La fréquence de ces cas suggère que la coexistence de l’autisme et de l’idic(15) n’est pas le fait du hasard. Cette anomalie chromosomique peut être décelée par des techniques classiques d’analyse chromosomique mais peut nécessiter une confirmation à l’aide de sondes FISH (hybridation in situ fluorescente) spécifiques.


    • Les anomalies subtélomériques — Certaines anomalies chromosomiques ne sont pas visibles à l’aide des techniques classiques. Par exemple, les anomalies cytogénétiques impliquant les subtélomères (les extrémités des chromosomes) donnent des caryotypes d’apparence normale. Le diagnostic des anomalies subtélomériques peut se faire à l’aide d’un ensemble de sondes FISH subtélomériques. Ce type d’analyse est préconisé lorsque les individus atteints d’autisme présentent des traits dysmorphiques, lorsque plusieurs enfants d’une même famille sont atteints, et dans le cas d’antécédents familiaux de fausses couches.
  • Le syndrome de l'X fragile — Il existe une association connue entre l’autisme et le syndrome de l'X fragile, une anomalie génétique transmise via le chromosome X souvent associée à un retard mental léger ou modéré. Ce syndrome affecte entre 1 garçon sur 4000 et 1 sur 6000 (Turner et coll., 1996 ; de Vries et coll., 1997) et environ 2 fois moins de filles. Environ 2 à 3 % des individus atteints d’autisme présentent le syndrome de l’X fragile (Bailey et coll., 1993 ; Fombonne et coll., 1997). Celui-ci est causé par une augmentation du nombre de répétitions du tri-nucléotide CGG (plus de 200) dans le gène FMR1, situé sur le chromosome X. Les femmes qui portent une prémutation (augmentation du nombre de répétitions sans dépasser le nombre critique) ont un risque accru d’avoir un enfant atteint du syndrome de l’X fragile, ou de souffrir d’une défaillance ovarienne précoce. Des tests génétiques existent pour ce syndrome. Pour avoir une revue détaillée du syndrome de l’X fragile ou pour trouver un laboratoire d'analyses médicales, visitez le site : www.geneclinics.org. Pour avoir des informations destinées aux familles, contactez la Fondation du Syndrome de l'X Fragile (National Fragile X Foundation) à l’adresse suivante : www.nfxf.org/.
  • La sclérose tubéreuse — Entre 0,4 et 2,9 % des individus atteints d’autisme souffrent de sclérose tubéreuse (Olsson et coll., 1988 ; Ritvo et coll., 1990). Ce chiffre est porté à 14 % chez les individus atteints d’autisme et de convulsions (Gillberg et coll., 1991). La sclérose tubéreuse peut provoquer des convulsions, un retard mental, et des anomalies de la peau et du cerveau. Deux gènes différents sont associés à la sclérose tubéreuse, l’un situé sur le chromosome 9 (TSC1) et l’autre sur le chromosome 16 (TSC2). Une personne atteinte de ce trouble portera une mutation sur un seul de ces deux gènes. Pour le moment, le moyen le plus facile de détecter la sclérose tubéreuse est d'effectuer un examen physique incluant un examen de la peau avec la lampe de Wood. Il existe un test moléculaire pour ce trouble, mais il est difficile du fait de la grande taille des gènes, du grand nombre de mutations différentes, et du taux élevé de mosaïsme somatique. Pour avoir une revue détaillée de la sclérose tubéreuse ou pour trouver un laboratoire d'analyses médicales, visitez le site : www.geneclinics.org Pour avoir des informations destinées aux familles, contactez l’Alliance contre la Sclérose Tubéreuse (ancienne Association Nationale de la Sclérose Tubéreuse) (Tuberous Sclerosis Alliance) à l’adresse suivante : www.tsalliance.org/
  • La neurofibromatose de type 1 (NF1) — Parfois, l’autisme se trouve associé à la neurofibromatose de type 1 (NF1). La fréquence de la NF1 chez des individus atteints d’autisme est située entre 0,2 et 14 %, d’après trois études différentes (Gillberg et coll., 1984 ; Gaffney et coll., 1987 ; Mouridsen et coll., 1992). La NF1 est un trouble neurologique autosomique dominant qui peut entraîner des problèmes de la peau, des tumeurs du système nerveux central et des difficultés d’apprentissage. La NF1 est causée par une mutation du gène NF1, situé sur le chromosome 17. Il existe un test clinique réalisé sur l’ADN, mais celui-ci n’est pas toujours nécessaire au diagnostic. Pour le moment, le moyen le plus simple de diagnostiquer la NF1 est d’effectuer un examen physique pour déceler des taches sur la peau de type café-au-lait ou des neurofibromes. Pour avoir une revue détaillée de la neurofibromatose ou pour trouver un laboratoire d'analyses médicales, visitez le site : www.geneclinics.org. Pour avoir des informations destinées aux familles, contactez la Fondation Nationale de la Neurofibromatose (National Neurofibromatosis Foundation) à l’adresse suivante : www.nf.org.
  • Le syndrome de Rett — Le syndrome de Rett est un trouble neurologique faisant partie des TED. Il est causé, dans 80 % des cas, par une mutation du gène MECP2 situé sur le chromosome X. Ce syndrome affecte majoritairement les femmes et se caractérise par une régression du langage et de la motricité, une microcéphalie et des torsions des mains. Des chercheurs ont récemment mis en évidence chez plusieurs fillettes autistes des mutations du gène MECP2 (Carney et coll., 2003). Ces enfants, aussi surprenant que cela puisse paraître, ne possédaient pas les symptômes habituels du syndrome de Rett, ce qui a conduit les chercheurs à se demander si beaucoup d'autres enfants autistes ne pouvaient pas eux aussi présenter des mutations du gène MECP2. Il existe un test clinique réalisé sur l'ADN pour le syndrome de Rett. Pour avoir une revue détaillée du syndrome de Rett ou pour trouver un laboratoire d'analyses médicales, visitez le site : www.geneclinics.org. Pour avoir des informations destinées aux familles, contactez l’Association Internationale du Syndrome de Rett (International Rett Syndrome Association) à l’adresse suivante : www.rettsundrome.org/.
  • Le syndrome d’Angelman — Chez les individus atteints d’autisme et d’un retard mental sévère, le syndrome d’Angelman est à rechercher. Une étude de population a identifié 4 enfants atteints de ce syndrome parmi près de 49000 enfants (soit une prévalence de 1 sur 12000) ; ces 4 enfants remplissent également les critères diagnostiques de l’autisme (Steffenburg et coll., 1996). Le syndrome d’Angelman se caractérise par un retard mental sévère, une ataxie, un rire inapproprié et un comportement joyeux. Il est causé par la perte du gène UBE3A transmis par la mère situé dans la région des syndromes de Prader-Willi/Angelman du chromosome 15 (15q11.2-q13). Les étiologies principales du syndrome d’Angelman sont une délétion maternelle de la région 15q11.2-q13, une disomie uniparentale paternelle du chromosome 15 (deux chromosomes 15 hérités du père) ou une mutation dans le gène UBE3A. Il existe un test clinique pour diagnostiquer le syndrome d’Angelman. Pour avoir une revue détaillée du syndrome d’Angelman ou pour trouver un laboratoire d'analyses médicales, visitez le site : www.geneclinics.org. Pour avoir des informations destinées aux familles, contactez la Fondation du Syndrome d’Angelman (Angelman Syndrome Foundation) à l’adresse suivante : www.angelman.org/.
  • Le syndrome de Prader-Willi — Plusieurs caractéristiques comportementales du syndrome de Prader-Willi, comme les retards du langage, de la motricité et du développement, sont également présentes dans l’autisme. Le syndrome de Prader-Willi se caractérise par une hypotonie, une faible alimentation initiale suivie d’une hyperphagie et d’une prise de poids excessive lorsque celle-ci n’est pas contrôlée, un retard mental, un hypogonadisme et une petite taille. Il est causé par la perte de la région de Prader-Willi/Angelman du chromosome 15 (15q11.2-q13) transmise par le père. Les étiologies principales du syndrome de Prader-Willi sont une délétion paternelle de la région 15q11.2-q13, une disomie uniparentale maternelle (deux chromosomes 15 hérités de la mère), et des défauts d’empreinte parentale. Il existe un test clinique pour le syndrome de Prader-Willi. Pour avoir une revue détaillée du syndrome de Prader-Willi ou pour trouver un laboratoire d'analyses médicales, visitez le site : www.geneclinics.org. Pour avoir des informations destinées aux familles, contactez l’Association du Syndrome de Prader-Willi (Prader-Willi Syndrome Association) à l’adresse suivante : www.pwsausa.org/.
  • Le syndrome de Smith-Lemli-Opitz — Un certain nombre d’individus atteints du syndrome de Smith-Lemli-Opitz (SSLO) ont été diagnostiqués comme autistes. Une étude récente a montré que, parmi 26 individus atteints de SSLO, 17 (53 %) remplissaient les critères diagnostiques de l’autisme (Tierney et coll., 2001). Les caractéristiques cliniques du SSLO comprennent une microcéphalie, une syndactylie des 2° et 3° orteils, un retard mental, un palais fendu, une hypospadie chez les garçons et un retard de croissance. Le SSLO est un trouble autosomique récessif, où les porteurs (ayant une seule copie mutée du gène) ne sont pas atteints. Le SSLO est causé par des mutations du gène DHCR7, situé sur le chromosome 11 (11q12-q13). Le gène DHCR7 produit la 7-déhydrocholestérol réductase, qui convertit le 7-déhydrocholestérol en cholestérol. Le diagnostic de cette maladie est établi par la détection d’un taux élevé de 7-déhydrocholestérol dans le sang. Un test moléculaire clinique existe et permet de confirmer le diagnostic, de détecter qui sont les porteurs de la mutation, et de réaliser des diagnostics prénataux. Pour avoir une revue détaillée du syndrome de Smith-Lemli-Opitz ou pour trouver un laboratoire d'analyses médicales, visitez le site : www.geneclinics.org. Pour avoir des informations destinées aux familles, contactez le Groupe d’Echange de Conseil pour Smith-Lemli-Opitz (Smith-Lemli-Opitz Advocacy and Exchange) à l’adresse suivante : members.aol.com/slo97/index.html.
  • Le syndrome de Sotos — Le syndrome de Sotos est un syndrome d’hypercroissance et est à rechercher chez des individus atteints d’autisme et d’une macrocéphalie. Les individus atteints du syndrome de Sotos ont souvent un déficit intellectuel, des difficultés d’apprentissage et un retard du langage. Ils peuvent présenter certains voir tous les critères diagnostiques de l’autisme (Zapella et coll., 1990). Les caractéristiques cliniques du syndrome de Sotos comprennent une macrocéphalie congénitale, un front proéminent avec une démarcation des cheveux apparemment reculée, une croissance pré- et postnatale accélérée, un âge osseux avancé et des mains et des pieds larges. En 2002, il a été découvert que des mutations du gène NSD1, situé sur le chromosome 5, sont responsables d’un grand nombre de cas du syndrome de Sotos (Kurotaki et coll., 2002).

Autres troubles génétiques pouvant être associés à l’autisme :

  • Syndrome d’Aarskog
  • Syndrome de Cornélia de Lange
  • Hypomélanose d’Ito
  • Syndrome de Joubert
  • Syndrome de Moebius
  • Phénylcétonurie
  • Syndrome de Tourette
  • Syndrome de Williams

Références

Les troubles envahissants du développement

L’autisme
L’autisme est un trouble du développement qui affecte la capacité d’une personne à communiquer, à construire des relations avec les autres et à répondre de manière appropriée aux stimuli de son environnement. Certaines personnes affectées d’autisme sont capables d’une adaptation satisfaisante – avec une production langagière et une intelligence préservées – tandis que d’autres manifesteront un retard mental ou même ne parleront jamais.

Le syndrome d’Asperger
Le syndrome d’Asperger est un trouble neuro-biologique. Contrairement aux personnes atteintes d’autisme, les individus touchés par le syndrome d’Asperger n’ont connu aucun retard dans le développement du langage. Cependant, ils connaissent de sérieux handicaps dans leurs relations avec les autres ainsi que des particularités dans la façon de s’exprimer. Ils ont souvent des préoccupations particulières et répétitives se centrant sur un seul thème ou objet.

Les troubles envahissants du développement non spécifiés (TED-NS)
On attribue souvent ce diagnostic à des enfants qui montrent des signes d’autisme mais qui ne répondent pas à tous les critères spécifiques des autres TED.

Le syndrome de Rett
Le syndrome de Rett est une maladie neurologique complexe qui affecte principalement les filles, même s’il existe aussi quelques cas de garçons atteints. Le syndrome de Rett est d’origine génétique, et représente l’une des causes les plus connues de handicap intellectuel et physique affectant les filles à la naissance, avec un peu plus d’une fille atteinte sur 10000. Les personnes atteintes du syndrome de Rett se développent normalement jusqu’à l’âge de 6-18 mois puis régressent. Cette régression est suivie d’un ralentissement dans le développement de la tête, d’une perte des mouvements volontaires des mains, suivis par l ‘apparition de stéréotypies. Un gène associé au syndrome de Rett a été découvert en 1999.

Le trouble désintégratif de l'enfance
Les enfants atteints du trouble désintégratif de l'enfance se développent normalement pendant une période relativement longue (en général de 2 à 4 ans) avant de manifester des symptômes autistiques, tels que la perte du langage, de l’intérêt pour l’environnement social ou de la propreté.

 

Manuel de Diagnostic et de Statistique sur les Maladies Mentales, Quatrième édition, 1994.

   

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